Des tomates vraiment goûteuses? Vous en rêviez, l’Inra l’a fait

Deux nouvelles variétés de tomates, riches en goût, ont vu le jour grâce aux recherches de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). De quoi répondre aux attentes de bon nombre de consommateurs. Mais il faudra encore du temps avant des les trouver dans toutes les assiettes…

L'Inra a créé deux nouvelles variétés de tomates

L’Inra a créé deux nouvelles variétés de tomates, riches en goût.

CHALLENGES

C’est l’été, la saison des apéros, des barbecues et… de la tomate. Ce produit-roi n’est pas pour rien le légume préféré des Français: chaque année, ils en consomment autour de 12 kilos par personne. Mais quid du goût? Trop souvent, les produits proposés sont sans saveur, détrompant les attentes du consommateur. Une situation qui ne sera bientôt qu’un mauvais souvenir? L’Institut national de la recherche agronomique (Inra) vient d’annoncer la création de deux nouvelles variétés, particulièrement riches en goût.

Et effectivement, ces nouvelles tomates rondes et rouges, charnues, fondent en bouche en révélant toute leur saveur. Un goût prononcé, une sensation sucrée, une pointe d’acidité… Et un produit qui se tient à la cuisson, qui garde une texture veloutée une fois centrifugée. Bref, une tomate indéniablement goûteuse. « On avait la volonté de retrouver des tomates qui ont du goût mais qui sont transportables, et peu gourmandes en intrants » notamment les pesticides, indique Philippe Mauguin, PDG de l’Ina.

Récoltées à pleine maturité

Ces deux nouvelles variétés, qui n’ont pas encore de nom, on les doit en grande partie à René Damidaux, ingénieur de recherche à l’Inra et qui se définit lui-même comme « sélectionneur de tomate ». Elles s’inscrivent dans la lignée d’une variété déjà obtenue par l’Inra, la tomate Garance destinée notamment à l’agriculture bio et aux jardiniers amateurs. « Cette tomate est goûteuse mais résistante aux maladies et peut être transportée sans dégradation » décrit l’ingénieur de recherche.

Les plus de ce produit? Un fruit récolté à pleine maturité quant la plupart des tomates sont récoltées avant, un fruit qui peut être stocké pendant une semaine à température ambiante, évitant une perte de qualité gustative lié au froid et un fruit ferme à l’extérieur et fondant à l’intérieur. Les deux nouvelles variétés reprennent ces principales caractéristiques: des tomates en pleine terre, cueillies à maturité mais avec un calibre un peu plus élevé et de nouvelles résistances.

Phase pilote

Mais comment passer de la recherche à la fourchette? Une phase pilote est actuellement en cours, fruit d’un partenariat entre l’Inra, Agri Obtentions (une filiale de l’Inra spécialiste de l’innovation variétale qui produit les semences), le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (Ctifl) et TerreAzur, la branche fruits, légumes et produits de la mer du distributeur Pomona. « Pour cette phase pilote qui nous permet de tester les rendements, les coûts de production et donc le prix de vente, ce sont 70 tonnes de ces tomates qui seront produites » indique Jean-Brice Hernu, directeur de TerreAzur. « Mais nous espérons en produire un millier de tonnes l’an prochain sur nos 18 sites. »

Autant dire que vous ne verrez pas tout de suite ces tomates au fond de votre assiette. Le groupe Pomona, qui distribue des produits aux professionnels de la restauration et aux commerces alimentaires de proximité, devrait introduire ces nouvelles tomates, sous la marque Locabelle qu’il a déposé, auprès de la restauration commerciale, puis pourquoi pas la restauration collective et des détaillants. Si cette tomate devrait avoir un prix plutôt dans le haut du marché, Jean-Brice Hernu l’affirme: « ce n’est pas une tomate de luxe. »

« Un produit de goût donne du plaisir au consommateur et un consommateur qui éprouve du plaisir effectue un acte de réachat » renchérit Jacques Rouchaussé, président du Ctifl, cet organisme de recherche pour la filière fruits et légumes, de la production à la distribution. « La filière fruits et légumes en France, c’est 6,2 milliards d’euros. Chaque année, on produit autour de 600.000 tonnes de tomates en France contre 900.000 tonnes aux Pays-Bas et même 2,2 millions de tonnes en Espagne », précise-t-il voyant une belle opportunité dans cette qualité recherchée.

Ces nouvelles tomates, riches en goût et peu gourmandes en intrants, répondent en effet aux attentes des consommateurs, dont certains souhaitent aussi privilégier les produits de saison et de proximité. Une piste de réflexion pour les filières alimentaires alors que s’ouvrent bientôt les Etats généraux de l’alimentation…